KAIN ET KEVIN

  KAIN ET KEVIN


Ils étaient jumeaux dizygotes mais se ressemblaient physiquement.

Des faux jumeaux qui se ressemblaient cependant leurs caractères n'avaient rien de commun. 

Kain avait toujours eu un caractère difficile alors que Kévin facilitait tout à son entourage. 

Ils n'avaient jamais connu leur père décédé dans un accident de la route avant leur naissance, et c'était leur grand-père qui les avait élevés.

         L'année de leurs 25 ans, ils avaient hérité de tous les biens de leur grand-père maternel, incluant une société très prospère, et à ce moment-là, ils ne furent plus jamais les mêmes, se chamaillant tout le temps pour l'organisation de la société. Ils n'étaient jamais d'accord, toujours à se faire des remarques désobligeantes et en arrivant même aux mains lors d'un dîner de famille. Alors trois ans après le lègue il ne restait que haine et animosité entre eux.

La haine de Kevin était un moteur qui lui permettait de se dépasser au travail, il ne pensait pas à blesser son frère, juste à lui prouver qu'il n'était pas aussi incompétent que celui-ci prétendait. Quant à la haine de Kain, en jeune adulte qu'il était à l'époque de son émergence, elle avait pris une forme vaniteuse, tout ce qui de son apparence le rapprochait de son frère devait disparaître. Kain s'était fait teindre les cheveux en blonds, alors que leur famille ne connaissait que des hommes très bruns. Il en vint à faire des heures de sports afin d'être plus muscler et bien vite, le brun élancé aux yeux marron était devenu un blond bodybuildé aux yeux bleus. D'abord, il se réjouissait de ne plus voir son frère dans son miroir mais au fur et à mesure, ces changements devinrent une obsession, et avec ce qui de vanité devenait un vice, vint aussi un malheur irréversible. 

Malheureusement sa folie de la transformation joua contre lui, pour renforcer sa différence il s'était fait faire des injections dans les pommettes, il eut une mauvaise réaction au produit injecté qui lui laissa des séquelles irréparables : des cicatrices ressemblant à des brûlures sur les joues. Honteux de cette nouvelle apparence, Kain s'isola dans un village où se trouvait le manoir familial. Se cachant même de sa propre famille. 

Kévin quant à lui avait été sincèrement désolé des tournures qu'avaient prises leurs discordes. Il avait essayé de se réconcilier avec son frère mais en vain. Celui-ci avait même accru sa haine envers son frère jaloux de son apparence restée intacte ; la haine coulait dans chaque partie de ses entrailles et nourrissait, grossissait son coeur chaque minute un peu plus. 

Ses journées, Kain les passaient toujours pareil : il se levait et déjeunait vers dix heures, il appelait Kristoph, son seul ami, confident, et bras droit afin de vérifier le cours des actions de l'entreprise et s'aviser de son bon fonctionnement. Kristoph faisait souvent des allers retours entre le village et la ville, fidèle à son ami, il était ses yeux et ses oreilles qui communiquaient pour lui avec le monde extérieur que Kain ne voyait plus qu'à travers des écrans ponctuellement.

Puis le restant de la journée, il s'asseyait sur un canapé en face dune fenêtre au dernier étage de la tour qui surplombait tout le manoir lui donnant lair dun château, à l'extrémité est de la demeure. Elle offrait une vue étendue sur la totalité du village de par des vitraux se trouvant sur tous les murs tournant. De son vivant, le grand-père des jumeaux permettait aux touristes d'y monter afin d'y admirer le pays, boire un verre, et repartir chez eux avec un bon souvenir. Sur la fin de sa vie, il en avait fait un bureau d'où il gérait sa société.

S'étendaient des maisons et des champs, un vignoble, et toutes ces routes que Kain n'empruntait plus depuis des mois. Les meubles antiques et la tapisserie aux couleurs chaudes étaient devenus le décor d'intérieur de la prison dans laquelle il se laissait oublier.

Il purgeait la peine de sa vanité, sévère avec lui-même mais sans déni ; tous les jours suivant les mêmes rituels aux mêmes heures, la même monotonie, la même musique classique de fond, au volume bas, de la cavalerie. Il se regardait dans le miroir et jaugeait ses cicatrices sur le visage, douloureux et meurtrit, puis il se droguait avec des analgésiques et antidépresseurs.

Les seuls moments que Kain trouvaient jouissifs étaient ceux de ses réveils après les trips car il se réveillait souvent en des positions incongrues : le corps parterre et une jambe dans la cuvette des toilettes pleine de vomis, sur la table de la cuisine, entre la tondeuse à gazon et les balais d'extérieur dans le cabanon, entre les choux fleurs dans le verger Chaque fois c'était la grosse voix autoritaire de Kristoph qui le réveillait « Debout ! ». Il prenait un bain, dinait, s'engouffrait dans son lit, dans sa chambre immense où la télévision était constamment allumée.

Il ne la regardait même pas, non plus il n'écoutait la radio qui diffusait ses informations dans la cuisine. C'était un moyen pour lui qui n'allait plus dehors de faire venir le dehors dedans et rembarrer le silence.

Parfois sa mère passait, Kain l'ignorait avec désinvolture, la vieille bourgeoise comme il l'appelait, s'accablait, pleurait, essayait de le convaincre que sa vie n'était pas finie Puis elle perdait la manche et retournait en ville.

Quant à Kevin, lorsqu'il était de passage au manoir, Kain s'enfermait carrément dans la tour jusquà ce qu'il sen aille. Il ne pouvait pas le voir. C'était physique et plus intense encore. Kain haïssait Kevin avec hargne et férocité. Son visage à lui son visage, sa bonne santé, sa jeunesse Son bonheur. Tout ce que Kevin avait et que lui ne croyait plus retrouver il le haïssait. 

Pour cela, l'entreprise restait dans ce même état de division puisque par le biais de Kristoph, et des visio-conférences, Kain régnait en terreur. Sa malice et sa méchanceté s'étaient accrues avec son mal-être. Mais sil dominait son frère malgré son absence physique au sein de la société ce n'était pas parce qu'il travaillait plus. Kain n'avait pas vraiment de compétences alors que son frère avait un vrai talent pour les affaires, et il lavait toujours su. Alors ce n'était que par le biais de truchements qu'il parvenait à se faire respecter. Et plus simple encore, si Kain avait toujours eu un train d'avance sur son frère c'était parce que son grand-père avait tenu personnellement des cahiers de comptes, de contacts, et des registres d'historiques qu'il gardait dans un coffre se trouvant dans la tour. Et Kain s'était bien gardé d'en informer son frère. Toutes les informations restaient actuelles permettant à Kain une crédibilité professionnelle.




      Puis arriva dans la vie de Kain une distraction au milieu de son enfermement : une femme.

Une très belle femme aux cheveux d'un roux intense qui passait à bicyclette sur le petit chemin d'est en ouest et d'ouest en est une fois le matin et une fois le soir. Plus elle passait, plus il était intrigué, plus il voulait la connaître. Mais son visage lui créait un complexe. Il était hors de question qu'il se présente à elle ainsi. Alors il eut l'idée d'organiser  une soirée masquée au manoir veillant bien sur à ce que son ami - et seul confident - invite la belle femme rousse. Il avait regardé par la fenêtre alors que dans un sourire elle avait accepté. Et du haut de sa tour, il sentait son coeur battre à une folle allure tandis que ses mains devenaient moites.

Kain avait pris des photos d'elle. Toute la journée, il se les visionnait : elle n'était qu'ordinaire physiquement, un corps de femme menu, sans trop de formes, des sourcils roux épais, une bouche aux lèvres très fines, et un nez pointu. Pas spécialement belle, pourtant il ne pouvait s'empêcher les regards admirateurs. Il rêvait. Il voulait une vie avec elle. Mais il avait peur de son propre visage. La laideur de ses cicatrices. C'était bien entendu la raison pour laquelle il avait pensé à la soirée masquée, il ne voulait pas qu'à la première approche le choc ou des préjugés l'empêchent de l'aimer en retour. Kain se sentait prêt à tout pour elle. Il envoyait Kristoph au village afin qu'il lui rapporte le plus d'information sur elle. Bientôt il apprit son prénom : Katherine. Et le répétait à travers sa musique classique en dansant.

Puis il apprit sa condition : Katherine était venue au village pour vivre avec sa mère gravement malade, elle avait travaillé dans une maison de retraite auparavant, et maintenant elle cherchait un travail plus proche.


Kain ressentait pour elle une attirance qu'il ne pouvait s'expliquer.



Katherine avait accepté de venir à la soirée masquée mondaine.

Dans le village, tout le monde parlait souvent des riches héritiers jumeaux si différents de leur chaleureux grand-père. 

La soirée mondaine arriva.

De tous les invités, pique-assiettes mondains, et des connaissances, qui avaient été invités, Kain n'en attendait qu'une. Il s'était vêtu dun costume trois pièces noir et dun chapeau. Son masque ne laissait entrevoir que ses yeux et sa bouche, tout en plumes sombres, représentant un oiseau au bec court.

Mais elle, comment serait-elle masquée ? Il n'eut pas à attendre longtemps pour le savoir. En effet, Katherine, entra dans le grand salon bondé et il ressenti comme un coup dans la poitrine. C'était donc ça, l'amour au premier regard.

Jamais de toute sa vie il n'avait eu d'intérêt pour une femme à ce point ; il en avait connu, de toutes sortes et surtout des plus select, belles, de bonne famille, qui plaisaient à tous, et qui auraient pu par leur réputation lui ouvrir des portes également, mais il n'avait jamais été aussi obsédé. Et Katherine était si quelconque, elle n'avait pas d'argent, sa famille vivotait à peine, elle était sans emploi, et n'était pas particulièrement belle. Mais elle l'obsédait.

Tout s'était arrêté autour de lui, il n'y avait quelle, debout à gauche de la porte, jetant des coups d'oeil de derrière son masque rose pailleté, les mains contre la poitrine, comme pour couvrir le décolleté de sa longue robe noire. Il avait reconnu ses cheveux roux longs et ondulés qui tombaient si joliment sur ses épaules minces.

Il avança vers elle, quand elle le vit, elle sourit aussitôt, ce qui l'étonna autant que le flatta. Elle avait reconnu son hôte malgré le masque, elle lavait aussi espéré.

Vous, vous êtes magnifique Katherine.

Merci. Vous êtes aussi à votre avantage. Merci de

Il lui fit signe de se taire, ils devaient presque crier pour s'entendre, alors il l'entraina dans le patio, se trouvant à l'arrière du manoir. Le lieu éclairé par des sortes de statues représentant des sirènes dans diverses positions donnait sur la piscine. Il y avait un salon de jardin dont les divans en toile étaient agréables. Ils y étaient seuls. Et Kain passa ce qui sembla être la plus merveilleuse nuit de sa vie.

Ils conversèrent jusqu'au lever du soleil, sans jamais ôter leurs masques mais en se confiant lun et l'autre sur les sujets les plus importants de leurs vies.

Kain lavait ramenée chez elle, et après lavoir embrassée, au retour dans sa voiture, il avait décidé qu'à la prochaine rencontre, il lui parlerait de son accident et lui dévoilerait son visage.

Il était heureux pour la première fois de sa vie, il était amoureux.



La seconde rencontre ne se fit pas aussi rapidement que Kain l'aurait souhaité cependant. La mère de Katherine dût être internée à l'hôpital et la communication fut délicate. Il envoyait Kristoph s'aviser de l'état de sa mère et de Katherine, voulant être sûr quelle ne rencontra personne dont elle pourrait tomber amoureuse. Kristoph rapporta que Katherine avait commencé à chercher du travail. Kain voulu lui proposer de laide et il réfléchissait justement à la manière de la lui apporter quand Kevin lui rendit visite.

Comme à son habitude, Kain alla s'enfermer dans la tour jusqu'à ce que son frère sen aille, puisqu'il ne supportait pas de le voir, mais ce jour-là, Kevin était bien décidé à rentrer dans la dite pièce.

D'abord Kevin frappa, nombreuses fois à la porte, la frappe devint un cognement, puis des cognements. Il s'impatienta plus vite que d'habitude, et sortit son téléphone mobile, il appela son frère de nombreuses fois, Kain ne décrocha pas. 

Kain aujourd'hui on va lavoir la discussion ! Je sais ce que tu as fait !

Kain ne répondit rien, seul parvint à Kevin, le son de la musique classique.

Alors il appela de nouveau et cette fois ci, il laissa un très très long message très éloquent à son frère, dont l'effet ne tarda pas à se faire sentir.

Dix minutes plus tard, la musique s'arrêta soudainement Et le téléphone portable de Kevin sonna. Il décrocha.

Bonjour frangin. Dit Kevin qui dû attendre un moment n'entendant que le souffle de son frère avant d'avoir enfin un son de voix.

De quoi tu me parles ? Lança Kain.

C'est pas sympa de ne pas m'avoir invité à la petite fête de l'autre jour. Je suis ton frère quand même. 

Kain ? Tu croyais ten tirer comme ça ? Jai vu les papiers dans la tour. J'en ai vu une bonne partie !

Non mais de quoi tu me parles encore Kevin ?! Hurla Kain.

Jai trouvé bizarre que tu cherches tout à coup à te socialiser alors je suis venu à ta petite fête masquée ! Je ne t'ai pas vu, je t'ai cherché partout jusqu'ici, jusque dans la tour que tas étrangement oublié de fermer à clé. Tu devais vraiment avoir la tête ailleurs.

Kain sentait la révélation venir. Il sentait son coeur battre aussi fort que l'autre nuit quand il était avec Katherine, sauf que cette fois ce n'était pas de l'amour. C'était de la haine. Et ses mains tremblaient tant, tous ses muscles étaient tendus et il commençait à transpirer.

Jai vu le dossier confidentiel de papi. Jai copié la première partie et maintenant je viens chercher le reste qui m'est dû Kain ! 

Cette fois ci c'était au tour de Kevin de hurler de rage. 

Kain se rua vers l'antique bureau de son grand-père et ouvrit le dernier tiroir, le dossier n'y était plus. Il poussa un cri de rage. Puis il lança :

Ah ça y est, hein, tu tes enfin réveillé. Mais tu nas pris que le dossier le moins important petit frère.

Nous sommes jumeaux.

Je suis né en premier Kevin ! C'est le destin ! J'aurais toujours un train d'avance sur toi. Toujours !

Jai vu mon avocat, on était censé se partager TOUS les biens de grand-père. Si tu ne les partage pas de plein gré alors ça se jouera au tribunal et tu perdras plus que ce que tu crois, fais-moi confiance. J'avais un peu de peine pour toi mais maintenant c'est fini.

Mais garde la ta pitié ! Ta sainte pitié ! Jen veux pas moi !!! Jen veux pas, jai pas besoin de toi ! Va-t'en ! Va-t'en et fais ce que tu veux !!!

Très bien ! Tu lauras voulu Kain. Cette fois ci je ne me laisserais pas faire. Après tout c'est moi qui suis tous les jours au bureau alors que toi, tu ne fais que réprimander et critiquer via tes écrans de temps en temps, caché dans la pénombre pour que personne ne voit ton visage ! Tu vas voir ! Cette fois ci tu vas la perdre pour de bon la face !


Les deux frères semblaient se transmettre à distance une haine disgracieuse qui possédait lun et l'autre corps à tour de rôle avant de se diviser et demeurer en eux pour de bon. Cet après-midi marquait la séparation certaine de leur fraternité.



Debout face à lun des vitraux de la tour d'où il avait ouvert une lucarne, Kain tenait un fusil à la main. Cette arme habituellement accrochée contre le mur n'avait pas servie depuis des lustres, n'étant qu'une décoration. Mais il lavait chargée à l'instant même où la voiture de son frère avait démarré et pointant le viseur sur son jumeau, il sentait une furie vengeresse l'envahir.

Son frère avait osé se moquer de lui. Il avait osé se moquer de son visage, ce qui avait ruiné son existence, et en plus, il avait pris lun des quatre dossiers. Celui qui se trouvait dans le tiroir était justement sortit du coffre parce qu'il comportait des éléments essentiels pour les affaires actuelles. Maintenant Kevin allait pouvoir fanfaronner au bureau et s'attirer tous les mérites. Il n'en était pas question.

« Ta pitié ! Fils de pute ! Je m'en fiche de ta pitié ! »

Sur ses mots il tira... une seule fois. Puis il s'immobilisa devant la vision d'horreur : la voiture crissa, branla, et alla se cogner contre un chêne, lavant prenant immédiatement feu.

Kain était content. Il aurait aimé que son frère meure, malheureusement, un autre véhicule arriva à l'instant. C'était celui de leur mère qui accouru sauver son fils.



Quand Kain eut la permission d'entrer dans la chambre à l'hôpital, il fit face à une atroce vision qui le troubla profondément : le visage de son frère était gravement déformé. Le voir ainsi, lui donna des nausées et pendant quelques jours il resta enfermé dans sa tour se cachant des miroirs, troublé il criait sans cesse : « Kain, Kevin, Kain, Kevin » se droguant à tout va, tenant à peine debout, ne reconnaissant plus ni le jour, ni la nuit.

Il fallut deux semaines à Kevin pour sortir de son coma, et non sans séquelles. 

En plus d'avoir des cicatrices sur le visage, il avait perdu la mémoire.

Et tout cela arrangeait bien Kain ; sa mère se doutait bien de ce qu'il avait fait mais elle n'en avait jamais parlé avec lui et faisait comme sil s'était agi dun simple accident de la route. Personne ne le questionnait et seul le témoignage de Kevin aurait pu le condamner car sa mère ne le trahirait jamais, comme elle ne trahirait jamais aucun de ses enfants et il le savait. Mais même sil avait eu un doute concernant le silence de sa mère celui-ci se serait vite dissipé. En effet, deux jours avant que Kevin ne sorte de son coma, leur mère dû être internée dans une maison de repos, la peine lui étant insupportable.

Kain avait promis de s'occuper de tout, et de ses yeux tristes et désespérés, sa mère avait juste répondu : « c'est bien ce qui m'inquiète ». Sans ironie d'ajouter : « vous allez finir par vous tuer tous les deux, je le sais bien ».



La première chose que fit Kain fut de faire changer son frère d'hôpital, prétextant un manque de professionnalisme du corps médical. Une fois fait, il mit au point un plan machiavélique : il fit changer le prénom de son frère sur les documents d'admission.

Il le fit appeler Kristoph.

Il pensait que sil donnait une nouvelle identité à son frère, celui-ci ne pourrait pas facilement se souvenir de sa vraie vie, alors il lui fit porter des lentilles de contact bleues, lui disant que c'était son style et son habitude, il lui fit faire un régime protéiné pour qu'il prenne un peu de muscles aussi. En fin compte, pendant que son frère lui ressemblait, lui décidait à son tour de redevenir ce qu'il était avant sa transformation, comme inversant leurs corps.

Il venait souvent le voir et était aimable avec lui comme il l'était avec ses chiens de gardes, pour l'utilité et pour signifier qui commande.

Kevin ne se rappelait de rien.



Tout ce temps ne lui permit pas de voir Katherine et trois mois étaient bien passés quand il essaya d'entrer en contact avec elle. Son numéro de téléphone n'était plus fonctionnel. Kain fit envoyer son ami Kristoph au village pour avoir des nouvelles, et celles-ci n'étaient pas bonnes : Katherine avait trouvé un travail temporaire dans une autre ville et était partie pour plusieurs mois. Elle avait visiblement essayé de le joindre, étant passée à plusieurs reprises au manoir mais n'ayant vu personne, elle avait renoncé.

Cette nouvelle tua presque Kain qui se fit un devoir de la retrouver envoyant Kristoph à tous endroits.

Mais un autre mois passa, puis deux autres, puis trois et la chercher ne devint plus utile car elle réapparut d'elle-même au village, rentrant s'occuper de sa mère qui se remettait de sa maladie.

Entre temps, Kevin était sorti de l'hôpital et pour lavoir un peu plus à l'oeil, Kain lavait fait installer au manoir. Cependant, il ne s'occupait pas de lui, le laissant souvent seul, et continuant sa vie comme si de rien, obsédé comme il l'était par Katherine. Il n'accordait à Kevin que le temps de son diner. 

Et vint le soir du fameux dîner.



Ce soir-là, Kevin n'était pas rentré tôt, il avait appelé disant qu'il avait une grande annonce à faire à Kain. Puis il avait fini par arriver. Kain n'aurait pas pu se douter de quoi que ce soit, sa tête était prise, tourmenté comme il l'était par sa relation perdue avec Katherine qu'il voulait à tous prix retrouver. 

Assis dans la salle à manger, il n'avait pas fait attention aux bruits de pas dans son dos, et ce n'est que lorsque son frère lui fit une tape dans le dos, qu'il se retourna sur sa chaise avant de se lever avec stupeur. Katherine se tenait debout près de Kevin et les deux se tenaient par la main. 

Il fit un pas en arrière, les fesses butant contre la table sur laquelle des verres se renversèrent.

Ça va Kain ? S'inquiéta Kevin.

Mais, mais

Wow, c'est impressionnant, vous vous ressemblez vraiment, je ne savais pas que vous étiez jumeaux. S'étonna Katherine.

Oui, mais je vous présente lun à l'autre justement. Kain voici Katherine. Nous nous sommes rencontrés à l'hôpital où j'étais interné, tu ne vas pas le croire. C'est par pur hasard qu'on a pu se retrouver

Et là, sans même qu'aucun nait eu le temps de s'asseoir ou de se mettre à l'aise, Kevin raconta : il avait donc rencontré Katherine à l'hôpital où elle travaillait en tant qu'aide-soignante, c'est elle qui lavait reconnu. Elle avait été vexée qu'il ne se souvienne pas d'elle jusqu'à ce qu'il lui dise qu'il avait perdu la mémoire. Alors elle avait compris pourquoi quand elle s'était rendue chez lui, personne n'avait répondu. Elle lui avait rappelé qu'il lavait invitée à une soirée masquée, et qu'ils avaient passée toute la nuit à discuter.

Kevin n'en avait aucun souvenir mais il ne lui fallut pas longtemps pour tomber amoureux. Et depuis trois mois, ils se fréquentaient. Katherine était revenue au village pour sa mère mais aussi parce qu'ils allaient se fiancer.  

Quand il apprit la nouvelle, Kain perdit connaissance.



A son réveil, Kain ouvrit les yeux sur un plafond blanc qu'il reconnut de suite, il était allongé dans son lit. Kevin était à ses côtés. 

Tu vas mieux ? S'inquiéta celui-ci.

Kain n'avait pas envie de lui parler. Il avait peur de ce qu'il pouvait dire et qui lui serait fatal. Il avait bien comprit que tout son plan s'était retourné contre lui. En créant Kristoph il avait creusé sa tombe. 

Il fixa son frère et ses lentilles bleues lui donnaient envie de le tuer. Heureusement, Katherine n'était pas là avec eux. Il n'aurait pas pu le supporter.

En y pensant, les larmes lui montèrent aux yeux. Maintenant tout était fichu, elle ne croirait jamais son histoire sil essayait de la reconquérir. Pourtant, elle était tout ce qu'il avait, tout ce qui lui donnait envie de vivre jusque-là.

Il ne pouvait plus lavoir, mais il ne voulait pas que son frère la lui prenne non plus. Ca non.

Qu'est-ce que tu as Kain ? Pourquoi t'es-tu évanoui ? Tu es mon frère, tu as tant fait pour moi. Je ferais tout pour toi en retour. Tu n'as qu'à me dire ce qui ne va pas. Je t'aiderais.

Cette déclaration de fidélité fraternelle était une perche tendue qui tombait à point. Et voilà comment Kain inventa une histoire tordue dans laquelle il raconta être menacé par un homme prénommé Kevin qui avait attenté à sa vie, et qui était aussi responsable de l'accident de voiture. Il prétendit savoir où il était et qu'il fallait qu'ils soient vengés. Kevin goba tout et à deux, ils décidèrent de faire tuer ce soi-disant maître chanteur.


Cela arriva ainsi. Un lundi soir. Tout ce que Kevin avait eu à faire, c'était de suivre les instructions que son frère lui avait données. Il s'était donc rendu dans un immeuble en ville, et attendant l'heure dite, lorsque la silhouette de lhomme en chapeau et en costume noir apparue dans l'appartement 308 de l'autre côté de la rue, il avait visé avec son arme puis tiré

Rentrant au manoir quelques heures plus tard, la police l'attendait. Choqué, il ne dit mot et se laissa faire.



Deux jours durant il fut interrogé et jamais il ne donna le nom de son frère prétendant avoir agi seul. 

Puis deux jours plus tard, la vérité éclata enfin. Mais ce ne fut pas une vérité qu'il prononça, plutôt une qu'il apprit.

Alors qu'il était assis sur le lit dans la cellule, un agent de police lui ouvrit disant :

Sors. Tu vas voir mes collègues puis tu rentres chez toi.

Puis on lavait conduit dans une salle où une femme visiblement très fatiguée et émue l'attendait, entourée de deux enquêteurs.

Tout d'abord, la police avait donc fait son travail, interrogeant tout témoin et les membres de sa famille, ainsi que Katherine, ils avaient pu recoller tous les morceaux.

Ainsi, ils apprirent à Kevin que son véritable prénom n'était pas Kristoph, ils lui présentèrent sa mère, qui le serra fort dans ses bras et lui confirma son identité.

Il était Kevin, il était son fils qui avait perdu la mémoire. Elle lui présenta des photos prises quelques semaines seulement avant son accident, et il comprit que jamais il n'avait porté de lentilles bleues, jamais il n'avait cherché à changer de physique. Ce n'était pas son genre mais plutôt celui de son frère Kain.

Son frère Kain qui avait eu un accident à force de chirurgie, qui lui avait mené la vie dure depuis toujours, qui nourrissait une haine profonde à son égard et qui avait causé son accident.

Son frère qui à force de prendre des médicaments, et à force de solitude avait développé une sorte de dédoublement de la personnalité ; il s'était inventé un ami qu'il appelait Kristoph. Il sortait au village portant ses lentilles bleues, un costume noir et un chapeau, et les villageois disaient de lui qu'il avait souvent lair d'espionner. Personne ne se doutait que Kristoph était Kain, ils croyaient qu'il s'agissait dun troisième frère, car pour les rares fois où ils avaient pu voir Kain, il avait les yeux marron et cachait son visage. 

Et c'est Kristoph que Katherine avait rencontré, et avec lequel elle avait conversé toute la nuit, puisque cétait ses yeux bleus à travers le masque, et la même voix qui lavait invitée. Et Kevin s'étant fait interné dans l'hôpital où elle travaillait sous ce prénom, elle ne pouvait que le prendre pour lui.

Mon fils était vraiment malade. Pleura la mère.

Etait ? Demanda Kevin. 

C'est la partie où nous arrivions justement monsieur. Répondit lun des inspecteurs. Savez-vous seulement sur qui vous avez tiré ?

Non. Non non, je

C'était sur votre frère Kain. 

Kevin se mit à trembler d'horreur.

Nous vous attendions chez vous, au manoir, suivant des informations qu'il a transmises à la police au téléphone, cinq minutes avant le crime qu'on peut maintenant qualifié de suicide organisé. Il voulait que vous finissiez au trou, sans doute pour que vous vous sentiez prisonnier comme lui la été dans sa tour pendant des années.

« Ou peut-être qu'il voulait juste tuer Kristoph Mais pour ça il fallait évidemment qu'il meurt. » Pensa Kevin.








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