BOUBA les 14 premières pages

 BOUBA        


Bouba appelait cela flotter dans son corps.


         La première fois qu’il avait ressenti cela c’était en plein milieu de la nuit ; il avait douze ans. D’un coup comme ça, à force de concentration sur sa condition humaine, lui qui n’arrivait pas à dormir alors que son grand-frère Moussa ronflait depuis des heures, avait eu la sensation de n’être qu’une personne dans un corps. Il s’était senti comme un intrus dans son propre corps, comme s’il le possédait sans en être le propriétaire. Alors il s’était interloqué « Mais je suis qui déjà ? Je suis qui ? » Une stupeur s’était emparée de lui. Il s’était levé, avait sauté du lit superposé et allumé la lumière. Il avait juste flippé comme ça. Se sentant dedans et en même temps dehors. Il avait levé ses mains devant ses yeux, les regardant comme s’il les découvrait pour la première fois avec en tête cette même question « Mais je suis qui déjà ? » Et il s’était déplacé étranger de lui-même jusque dans le couloir de l’appartement, silencieusement, allumant au passage, se plantant devant le miroir à l’entrée. « Ça c’est moi. C’est moi dedans. Ça c’est moi Bouba ».


C’était la première fois qu’il s’était senti comme ça, cette nuit-là, et même s’il avait eu envie d’en parler à quelqu’un pour savoir si c’était normal ou s’il avait une maladie mentale, il n’en avait jamais rien fait. Bouba n’en n’avait jamais parlé à quiconque, et cette sensation de flotter en lui-même il la ressentait depuis au moins une fois par jour. Chaque jour il avait un moment d’absence où il devenait spectateur et possesseur de sa propre personne sans que ce soit une amnésie, aucun oubli, mais un état indescriptible dans lequel il se sentait tiers tout en étant dedans.

Bouba appelait cela flotter dans son corps.

Il se tenait debout devant le miroir dans le couloir de la maison. Onze ans étaient passés depuis la première fois où il avait eu cette sensation et il s’y était habitué. En fin de compte, il se disait que c’était la manière qu’avait Dieu de lui rappeler qu’il n’était qu’une âme dans une enveloppe corporelle. Une âme dans ce grand corps noir et musclé de vingt-trois ans, habillé du dernier survêtement de marque à la mode et chaussé de la dernière paire de baskets prisée. Il s’apprêtait à sortir travailler. Du moins c’était ce qu’il prétendait, ses parents croyaient ce mensonge, alors que son grand-frère et sa petite sœur avaient, quant à eux, eu vent de ses véritables activités. Bouba était un dealer de drogues. Il dealait depuis l’âge de seize ans. Son grand-frère Moussa avait tout fait pour qu’il cesse quand plusieurs années plus tôt il avait appris de la bouche des jeunes du quartier ce qu’il en était. D’abord il n’y avait pas cru. Moussa était l’ainé de la famille, ils avaient été élevés dans la foi et la complète modestie. Leurs deux parents étaient des agents d’entretien qui ne se plaignaient jamais de leur condition, remerciaient Dieu tous les jours du peu dont ils disposaient, et voulaient inculquer ses valeurs à leurs enfants. Ils voulaient qu’ils réussissent à l’école, et étaient intransigeant sur le sujet des études, alors Moussa avait toujours été le meilleur de sa classe. Toujours endurant, toujours prêt à proposer son aide, charismatique et débrouillard, responsable. Il avait été délégué de sa classe, délégué des délégués de classe. Puis il avait eu un job de moniteur à la maison des jeunes de quartier où il était devenu un exemple pour les jeunes. Son parcours s’était tracé sans faute jusqu’à ce qu’il se lance dans les élections municipales et gagne un poste de conseiller. Et bien entendu, les rivaux parlaient, pointant le doigt sur ce qui était le problème de Moussa, et le problème de Moussa c’était Bouba, son frère dealer. Parce qu’il était incohérent de vouloir sauver les jeunes du quartier de la drogue et la délinquance quand son propre frère était considéré comme un baron dans le domaine. Leur petite sœur Khadidja, cadette de la famille, avait quant à elle suivit les pas de son ainé ; sa discipline était appréciée, elle avait toujours fait partie des éléments forts de ses établissements scolaires et avait un bon goût pour l’écriture. Elle avait remporté plusieurs concours d’écriture nationaux et communaux ; son apparence frêle et longiligne donnait envie de la protéger et ses frères jouaient souvent ce rôle protecteur avec elle. Alors sur les photos des journaux on voyait souvent la famille juste et souriante de Moussa, sa femme Véronique, l’avocate rousse, ses parents et sa sœur mais jamais Bouba... Une guerre froide les séparait. Moussa avait vraiment à cœur de s’en sortir et de rendre la vie des jeunes meilleures avec de bonnes perspectives d’avenir mais ses actions semblaient hypocrites à cause des agissements de son petit frère. Combien de jeunes lui avaient justement lancé à la figure : « Mon boss c’est ton frère Bouba, alors viens pas faire la morale ! »


Bouba avait commencé à dealer parce qu’il ne supportait plus de récupérer les vêtements de son frère. Il y avait une telle envie en lui de se démarquer de ce prodigieux frère, bon partout, bon en tout et intelligent. Toute sa vie leurs parents les avaient comparés, puis les professeurs qui ne comprenaient pas pourquoi son frère et sa sœur réussissaient leurs études sans mal quand Bouba ne faisait aucun effort, même pas en classe de sport. Et non pas par incapacité, Bouba avait les mêmes, mais juste parce qu’il n’avait trouvé que cette rébellion pour se sentir exister. Puis il s’était pris à ce jeu du je-m’en-foutisme au point de devenir ce personnage qui toisait méchamment pour un oui ou pour un non, optait pour les attitudes les plus détestables, ignorait règles et règlements, voulait imposer son point de vue. Répondait z au carré quand on lui disait a…


Les parents de Bouba avaient eu bien des peines avec lui pendant sa période adolescente mais Moussa se faisait un point d’honneur à réguler ses pulsions parce qu’il était l’ainé et parce que quelque part il avait peur que cela finisse mal pour lui.


Tombé dans l’appât du gain, Bouba avait goûté à une vie facile de laquelle il ne semblait pas vouloir revenir. Ses vêtements, ses montres, ses voitures. Il avait commencé au bas de l’échelle et les années passant avait gagné le respect des gros malfaiteurs des environs. Moussa l’avait menacé plusieurs fois de tout dire à leurs parents qui ignoraient tout ou se doutaient de peu. Bouba prétendait travailler dans une pizzéria pour justifier ses revenus, il prétendait que les voitures étaient celles de ses amis. L’incrédulité de ses parents était réelle car malgré tout, il ne voulait pas les blesser et son grand frère n’avait jamais trouvé le courage de leur annoncer les véritables activités auxquelles il s’adonnait, cela les aurait détruits. Alors Moussa avait juste espéré qu’il se fasse attraper et enfermer, se disant que cela pourrait lui servir de leçon et qu’il en reviendrait changé. Moussa espérait qu’un choc le fasse changer mais Bouba avait jusque-là eu une veine inexplicable. Personne ne l’avait jamais dénoncé et même s’il voyait ses amis se faire enfermer un par un, lui n’avait jamais eu à mettre un orteil dans un commissariat.


Bouba était malin. Au bout de quelques années, il avait prétendu ouvrir son propre restaurant ; en fin compte, cela lui servait à blanchir son argent et justifier ses revenus – quand de son côté Moussa avait acheté une maison à ses parents et leur avait permis d’ouvrir une supérette d’alimentation exotique en toute honnêteté, en attendant leurs retraites prévues dans quelques petites années, c’était toujours mieux que les postes d’agent d’entretien qui finiraient par les briser physiquement, croyait-il.


A chaque fois que Moussa faisait une bonne action, Bouba lui la copiait en mal et la rivalité trouva sa fin assez tôt quand Khadidja participa à un concours de poésie municipal. A ce moment-là, Moussa agissait en tant que suppléant du maire, mais il savait bien que ses collègues qui constituaient le jury de ce concours ne devaient être influencés en aucune façon, l’impartialité étant une règle et un devoir selon lui. Et puis, sa sœur était un très bon écrivain, il avait confiance en son talent. Elle passa le premier tour qui avait lieu dans la salle municipale. Bouba était arrivé en fin de journée pour la soutenir. Moussa et sa femme, enceinte à l’époque, se tenaient à l’écart afin que sa sœur ne fût pas accusée de favoritisme.


Arrivé avec deux de ses amis, Bouba se déplaçait parmi la foule de son air nonchalant habituel. Son ami Vincent était allé en coulisse draguer des danseuses qui devaient clôturer la soirée alors que Bouba avait trouvé sa sœur et l’avait félicitée. Ils étaient assis attendant le début de la représentation quand Vincent déboula d’un coup et entraina Bouba dans un coin à l’écart.


J’espère pour toi que t’as une bonne raison, lança Bouba. Et une raison autre qu’une bonne danseuse de hip-hop !

Gars, j’étais en coulisse et j’ai entendu deux types du jury dire que ta sœur ne passerait pas le second tour la semaine prochaine.

Quoi ?

Le pire c’est que c’est des clients. C’est le gros en veston marron et le type à côté de lui. (Vincent les montra du doigt).

Bouba les reconnus, en effet, les deux membres du jury étaient des cocaïnomanes, des clients.


Ils ont dit qu’il n’était pas question que la sœur du négro gagne ! Continua Vincent.

Le cœur de Bouba s’enflamma ces sur mots. Sa sœur était la personne la plus juste et honnête qu’il connaissait en ce bas monde. Son frère aussi, même si ça lui coutait de lui attribuer des qualités, il faisait même des efforts pour que personne n’accuse leur sœur de tricher et au final, il n’y allait pas y avoir d’impartialité de toute façon. Les chances n’étaient pas les mêmes pour tout le monde. Ne lâchant pas les deux membres du jury des yeux Bouba siffla entre ses dents :

Tu vois, tu peux faire tout ce que tu veux, ce monde est un monde de bâtards mon frère ! Regardez-les tous à jouer les intellos, j’écris, j’ai une culture, j’suis un homme intelligent. Ce sont tous des hypocrites qui montent des business douteux comme nous tout en nous regardant de haut. Mais tu sais quoi Vince, je te jure que la semaine prochaine ma sœur gagne et j’y veillerais personnellement !                      

Après la soirée Bouba et ses deux amis avaient suivi la voiture du gros homme membre du jury. La nuit était tombée, quand la voiture du juré avait tenté de s’engager dans une ruelle, Bouba qui était au volant de sa BMW, lui avait fait une queue de poisson ; l’homme klaxonna furieusement. Bouba fit quelques mètres et arrêta la voiture tout net. L’autre forcé de s’arrêter derrière lui, attendit un instant, croyant qu’ils allaient se garer, puis il commença à klaxonner. Bouba et ses acolytes ne bougeaient pas. L’homme sorti la tête et cria : « Oh ! Bouge ta bagnole ou j’en appelle qui la feront bouger illico presto ! »

A ces mots Bouba réenclencha d’un coup le moteur et entreprit une furieuse marche arrière qui emboutit la Mercedes du juré. L’homme choqué poussa un cri d’horreur. Bouba et ses amis sortirent de leur véhicule et en un instant entrèrent dans la Mercedes. Bouba s’étant assis devant et ses deux amis à l’arrière, Vincent, assis juste à l’arrière du siège conducteur, sortit un couteau qu’il plaça sur la gorge de l’homme, lui tirant les cheveux de son autre main.

Alors le gros ! Tu me reconnais ? Lança Bouba.

Je… Je, je comprends pas. J’vous dois rien, je paye toujours. Je paye toujours cash.

Ecoute moi gros lard, si tu votes contre ma sœur la semaine prochaine, t’es mort ! T’as même intérêt à ce qu’elle gagne et parles en à ton pote !

Je, je, je ne comprends pas. C’est laquelle votre sœur ?

Comment ça c’est laquelle ? C’est la seule fille noire au second tour du concours connard !

Oh, OK ! Je ne savais pas que vous étiez le frère du suppléant du maire ! D’accord, y’a pas de soucis. Je jure. Je jure.

Et les trois étaient repartis comme si de rien.

La semaine suivante Bouba n’avait même pas pris la peine de se rendre au concours, il en connaissait l’issue ; Khadidja avait gagné. Et alors qu’il était dans sa chambre à pousser des jurons devant un jeu vidéo, sa sœur entra en trombe. Elle avait les larmes aux yeux, dans sa main droite elle tenait un trophée représentant une plume en or. A son visage il devina qu’elle était au courant. D’abord, elle ne dit rien pendant au moins deux minutes durant lesquelles ils se regardaient dans un silence lourd de sens. Puis Bouba poussa un « pff » et baissa la tête avant de reprendre son jeu comme si de rien. Khadidja sanglota et voulu juste partir mais la main sur la porte elle pris quand même le temps de dire le fond de sa pensée.

Je sais que ça ne sert à rien de discuter avec toi, parce que t’as toujours raison, parce que tu fais toujours comme tu veux et que tu ne respectes personne Bouba ! Mais vraiment là faut que tu sache que dorénavant je ne veux plus que tu te mêles des affaires de ma vie ! JAMAIS ! (Hurla-t-elle et Bouba avait arrêté son jeu et tourné la tête vers la fenêtre). J’étais contente d’avoir gagné jusqu’à ce que je les entende murmurer et salir mon nom, salir le nom de mon père (elle pleurait à cet instant) et jeter dans la merde tout ce qui a toujours compté pour moi et dont j’étais fière. Bouba putain si je dois perdre alors laisse-moi perdre ! C’est pas grave merde ! On ne peut pas gagner tout le temps dans la vie et ça m’aurait permis de grandir, de faire mieux, d’en faire plus ! Si j’avais perdu je me serais dit c’est pas grave, la prochaine. J’aurais retroussé mes manches en mettant les bouchées doubles parce que c’est comme ça qu’on réussit vraiment ! On ne peut pas juste vouloir gagner on doit être fier de soi et là j’ai juste honte !

Sans tourner la tête Bouba murmura « c’est bon dégage… »

Quoi ?

DEGAGE ! (Hurla-t-il en bondissant sur ses jambes) Tu veux plus que je t’aide alors je ne t’aiderais plus ! J’aiderais plus personne ! DEGAGE !

Khadidja jeta le trophée à ses pieds et sortit en claquant la porte.

Derrière la porte Bouba entendit la voix de sa mère qui demandait en langue soninké ce qui n’allait pas. Il entendait sa sœur sangloter dans sa chambre et sa mère qui s’inquiétait. Il ne voulait pas qu’on vienne le questionner sur quoique ce soit. Son cœur s’enflammait de colère et il savait cet état colérique mauvais même pour lui. Il saisit son sac à dos, mit ses chaussures et sortit.

De tous, Khadidja était la personne avec laquelle Bouba s’entendait le mieux. Elle ne le jugeait jamais, il y avait de la compassion et de la complicité entre eux. Il était très touché par ce qu’il venait de se passer mais comme d’habitude, préférait prendre la fuite et donner l’illusion que tout allait bien en s’abandonnant dans les excès en tous genres que proposait l’une de ses connaissances dans une boite de nuit.

Il était à peine vingt heures du soir quand il arriva, il s’installa dans le carré VIP avec des gros barons de la drogue et d’autres malfaiteurs perdant tous leurs moyens sous les brouhahas et la musique tonitruante.

Et il flottait dans son corps comme d’habitude, avec une douleur dans le cœur, une peine inextricable et cette même putain d’impression de n’être personne. Bouba se sentait vide depuis toujours, depuis qu’à l’âge de douze ans il avait commencé à comprendre la vie et saisir que rien sur Terre ne serait jamais suffisant et qu’il perdait son temps dans ce monde. Rien n’était jamais suffisant, il se sentait vide, quelque chose manquait, quelque chose mais quoi ? Bouba se sentait comme étranger à son environnement, étranger en son espèce, étranger en son corps. Il flottait au milieu des êtres humains qui riaient à gorges déployées, s’exhibaient, se la racontaient, désiraient, voulaient ceci puis voulaient cela avant de tout jeter pour vouloir autre chose. Il sentait que cette vie n’était pas sa vie dernière.

Tout l’ennuyait. Il ne parvenait pas à s’attacher aux choses, il n’avait pas d’ambition : la vie lui semblait être un tour de piste infini sans nouveauté ni surprise, dont il connaissait par cœur les atours. Il regardait autour de lui, ces gens qui s’amusaient d’un rien sans comprendre pourquoi il ne parvenait pas à être aussi simple et normal. Il n’était jamais tombé amoureux ; toutes les femmes étaient toutes pareilles, elles voulaient toutes la même chose, croyantes ou non, elles voulaient toutes un superhéros qui se jetterait à leurs pieds et ferait leurs trois mille volontés, en plus d’être pété d’tunes et de sauver leur âme. Le cerveau retourné par des contes de fée. Lui n’était qu’un homme en attendant, et même de ça il n’en n’était pas sûr durant ces moments où il flottait dans son propre corps se demandant ce qu’il foutait là.

Une femme vint se coller contre lui alors qu’il était affalé sur un canapé en daim, elle lui caressa le ventre il la repoussa du coude. Elle haussa les épaules et s’en alla. « Qu’est-ce que tu veux que je fasse de ça ? » pensa-t-il avant de fermer les yeux et de s’endormir.

         C’est le bruit des verres s’entrechoquant et une main ferme sur son épaule qui le réveilla le lendemain matin. Deux femmes de ménages s’activaient dans la salle et un videur l’invitait à terminer son sommeil chez lui. Bouba se leva doucement avec un mal de tête qui lançait jusque dans le fond de son œil gauche. Il sortit à pas mesurés dans la rue silencieuse, sous un ciel nuageux et terne. Il allait surement pleuvoir. Il entra dans sa voiture et avant d’avoir pu démarrer, un frisson lui traversa tout le corps et ses oreilles se mirent à siffler un la aigu pendant une fraction de seconde. Il arrêta son geste interloqué ; il avait un mauvais pressentiment. Il poussa un « pff » et posa la tête sur le siège fermant les yeux. De suite, il pensait qu’une chose mauvaise l’attendrait à la maison. Au souvenir des événements de la veille, il présumait que son père et son frère devaient l’attendre à la maison, prêts à le rosser ou à lui casser les oreilles. Mais peut-être que Khadidja n’avait rien dit ? Elle n’était pas du genre à en rajouter ou à jouer les victimes, bien qu’elle fût la plus gâtée de la famille. Tant pis, de toute façon il fallait qu’il rentre. Et c’est alors qu’il s’apprêtait une seconde fois à démarrer que son portable sonna dans la poche de son pantalon. Il le sortit. L’écran affichait Moussa, il hésita tant que l’appel alla sur le répondeur. Le cœur battant d’anxiété, Bouba se fit lâchement la réflexion que finalement, avoir cette conversation au téléphone était mieux. Il rappela son frère qui décrocha instamment et explosa :

T’es où putain !

Quoi ? Hé parle-moi bien, t’as quoi ?

J’ai quoi ? Tu me demandes Bouba ? Les flics ont retourné la maison de papa voilà ce que j’ai !

Quoi ? Comment ça ? Demanda Bouba se redressant nerveusement sur son siège.

Ils te cherchent ! Ils sont passés alors que le jour était à peine levé. Ils ont fouillé la maison, papa et mama n’ont rien compris. Ils sont dans un état de choc ! La police a dit que tu étais responsable de la mort d’un type !

La respiration de Bouba s’accélérait comme son cœur pompait à la vitesse de la panique.

Mais de quoi tu parles ?! T’es fou ?! J’ai jamais tué personne !

Un homme de vingt-neuf ans est mort d’une overdose ! Et c’est toi qui le fournissais ! (Hurla furieusement son frère). Sa famille veut que le dealer soit sous les verrous ! Je te jure Bouba que maintenant t’es tout seul ! On n’en peut plus de toi, ça fait des années que ça dure et tu payes les conséquences de la vie que tu as décidé de mener mon frère. Je ne sais pas où tu es mais ne reviens plus ici. C’était la dernière ! LA DERNIERE ! T’as vendu ton âme au diable !

A ces mots Bouba explosa à son tour :

Toi aussi t’as vendu ton âme au diable en faisant de la politique, tu te crois mieux que moi hein ? Tous tes collègues l’achètent ma came MON-FRERE !

Non pas tous, tu vois ! Y’en a d’autres comme moi qui ont à cœur de rendre au peuple pendant que toi tu vends la mort et humilie ton père ! Et c’est à cause de gens comme toi que personne ne fait confiance aux hommes noirs dehors !

Sur ces mots Bouba raccrocha d’un coup et démarra la voiture en trombe.

Il conduisait dans la rue presque déserte de ce dimanche matin et la pluie commençait à tomber à grosses gouttes. Sa course était égale à la course de son sang agité et nerveux dans ses veines. Il ne savait même pas où aller pour commencer, puis il pensa se rendre hors de la ville où il cachait la drogue et son argent avec d’autres de ces acolytes. Une maison de campagne où vivait l’un de ses complices ; là, y étaient élevés des bovins et des poules pour donner le change, mais le fermier comptait plus sur les revenus de ses complicités diverses et de son rôle de gardien de biens que sur ce que lui rapportait son bétail. Ce lieu était à trois heures de route.

Bouba pensait aller récupérer une bonne partie de son blé et disparaitre un moment mais chemin faisant, il se rendit compte que cela n’avait pas de sens. Il ne voulait pas devoir courir à travers le pays, ça il ne voulait pas. Jusqu’ici il ne s’était jamais fait arrêté, on ne pouvait pas le traiter comme on traite un récidiviste. Ses comptes présentaient des soldes positifs de cinq chiffres qu’il justifiait grâce à sa pizzéria. S’il trouvait un bon avocat il pouvait peut-être s’en tirer, ça dépendait de ce qu’on avait sur lui néanmoins. Il arrêta la voiture au milieu de la route désertée et fit demi-tour. « C’est ça, j’vais d’abord aller voir ce qu’ils me veulent. Ces salauds n’ont rien, ils n’ont rien contre moi gars. C’est pas pour rien qu’on m’appelle le fantôme. Personne n’a jamais rien. Et s’ils ont de quoi me coffrer alors qu’ils le fassent ! J’en ai marre de cette vie de toute façon ! » Les larmes lui montaient aux yeux, il les réfrénait autant qu’il pouvait mais elles finirent par couler le long de ses joues. Il conduisait de la main gauche, sa main droite serrée en poing sur sa cuisse. Alors sans doute que ce dimanche pluvieux verrait la fin de sa liberté, mais la liberté c’est quoi quand on se sent flotter et prisonnier de sa propre personne ?

Et alors que ses essuies glaces balayaient la pluie battante, son portable sonna, il l’attrapa sur le siège d’une main frêle, regardant qui appelait. C’était Vincent. Bouba répondit d’une voix enrouée.

Ouais ?

Gars, ça va t’es où ? Ils sont passés chez toi ? Ils t’ont eu ?

Non… ‘fin si, ils sont passés mais j’y étais pas. Pourquoi ta voix est comme ça, on dirait que tu souffres ?

Et comment ! Ils sont passés hier soir chez moi, ils ont retourné mon appart’, ils m’ont embarqué et bien-sûr ils m’ont tabassé ces bâtards ! Pff, comme d’ab tu sais bien. Ils n’ont rien contre nous, rien à part la mère de Patrick et sa famille qui disent qu’on le fournissait. Aucune preuve rien, j’ai appelé l’avocat j’étais dehors en trois heures. Mais ils m’ont cassé une côte. J’suis à l’hôpital.

Donc c’est Patrick…

Ouais…

Les deux se turent un instant. Au téléphone ils ne disaient jamais rien qui pourrait les compromettre, avec les années toutes les tactiques de camouflage et de protection étaient acquises.

Tu viens me voir à l’hôpital ?

J’sais pas là, je pensais aller au poste.

Pourquoi frère ?! Non, non. S’ils te veulent c’est à eux de venir te cueillir. Ne fuis pas mais en même temps ne va pas là-bas. Tu sais au final, ils savent qu’ils n’ont rien, tout ce qu’ils veulent c’est nous tabasser pour compenser.

Ouais mais ils ont fait flipper ma famille, moi ça m’était jamais arrivé avant Vince.

Ton père a pété un plomb ?

J’l’ai pas vu… J’veux pas les voir.

Viens me voir, j’dois te parler. Hôpital St Vincent, chambre 303.

Pff, comme par hasard t’as choisis un hospice qui porte ton nom.

Non mais laisse.

J’appelle l’avocat, j’vais au poste et j’arrive s’ils m’ont pas tué avant.

Bon… Ok gars. Comme tu veux mais j’t’aurais dit… T’as vu…

Raccrochant, Bouba lança le portable sur le siège et arrêta la voiture en face d’une boulangerie. Il acheta un café et des croissants et pris son petit déjeuner dans sa voiture. Si Vincent n’avait pas appelé, il serait au poste de police à se prendre des coups dans le ventre lui aussi, mais la séance de tabassage était repoussée d’une heure. Il avait rendez-vous devant le commissariat avec son avocat véreux qu’il avait visiblement tiré du lit en appelant.

Alors c’était Patrick… Bouba le fournissait depuis ses débuts, bientôt dix ans. D’abord c’était juste un adolescent comme lui à l’époque qui voulait du shit de temps en temps, puis Patrick, le jeune homme brun, grand et maigre avait suivi cette évolution que les drogués suivaient presque tous : le shit, je plane, les amphétamines, je m’éclate juste en boîte, et puis la cocaïne j’essaye de faire comme mon boss j’suis un adulte je stimule mon esprit, j’me donne du courage. Sauf que coca ou héroïne quand ils en arrivaient là à la régulière ils ne revenaient plus en arrière pour la plupart. Ils en voulaient pour quitter le monde réel et au final ça arrivait pour de vrai.

« En vérité, tout le monde vit en lui d’abord. Tout le monde flotte. » Bouba se sentait coupable tout en étant détaché. C’est ce que faisaient ses collègues du deal, trouver des excuses : « de toute façon si c’est pas nous ce sera un autre dealer, les gens qui en veulent en trouvent, à chacun d’assumer ses actes ». Mais Patrick, il l’avait vu passer de l’adolescence à l’âge adulte tout en se détruisant : de plus en plus maigre, de plus en plus blafard, il le savait foutu et il n’avait rien fait se disant que Patrick avait une vie, une famille, des amis qui sauraient le sauver. Pourtant il était bien mort maintenant et son entourage pointait le doigt sur lui.

« Pff, si j’l’avais pas fourni il l’aurait acheté ailleurs, ça change quoi ? Et puis s’il aimait ça c’est parce que sa vie devait être merdique. Il la fuyait. Le vrai problème c’était ça. Ben ouais, la drogue ça aurait pu être de l’alcool. On en vend bien de l’alcool, les gens se soulent et disent que c’est du fun et t’as une partie d’entre eux qui en abusent et deviennent alcooliques parce qu’ils ne supportent pas la vie réelle. A la base c’est pour s’amuser, c’est eux qui vont trop loin parce qu’ils ont d’autres problèmes. »

Des raisons et des excuses, Bouba avait appris à s’en donner pour tous ses actes. Quand il osait se l’avouer à lui-même, il trouvait bien cette même envie de fuir la vraie vie par l’autodestruction. Il y avait ceux qui dealaient pour l’argent, s’en faire beaucoup et vite, et ceux qui le faisait parce qu’ils ne trouvaient rien de mieux à faire d’eux-mêmes. Bouba était de ces derniers-là.

C’était comme si la vie lui avait présenté un sac lourd de trente tonnes à déplacer à la force de ses mains et qu’il avait décidé que c’était trop de travail vu d’ici alors il préférait déléguer ses responsabilités en ajoutant du contenu de ce sac dans les sacs des autres et en attendant, lui avançait les mains dans les poches, et éventuellement, il les attendrait tous au point d’arrivée. Parce qu’il ne savait pas qui avait fait ce sac, ni ce qu’était ces trente tonnes, et encore moins ce qui l’attendait à l’arrivée. Comme d’autres il ne voyait à ce moment que charges, contraintes et difficultés à esquiver.

         Arriver au poste de police avec son avocat avait été la meilleure des stratégies. Il avait été interrogé sans bavure aucune. En effet, les officiers n’avaient rien sur le fantôme, rien que rumeurs et allégations. Bouba ne nia pas connaitre Patrick, il prétendit qu’il était une connaissance avec laquelle il avait joué au basketball dans le parc près de son ancien quartier. Cette partie était vraie, entre deux trois deals il s’adonnait à ce sport et la grande taille de Patrick lui avait permis de gagner bien des fois. Mais Patrick était mort deux jours auparavant, allongé sur son lit, une seringue enfoncée dans la veine de son bras souffrant ; il s’était pissé dessus, d’après ce que la photo que le flic lui avait tendue montrait.

Assis, son avocat véreux à sa gauche, dans le bureau étroit, un policier en pull et jeans bleu l’air bien détendu posait des questions et annonçait des faits tout en tapotant sur le clavier de son ordinateur. La pluie n’avait pas cessé et elle cognait contre la vitre derrière lui. C’était une sombre journée. Patrick le client fidèle était mort et une autre réalité se présentait à Bouba, celle que ses actes pouvaient avoir des conséquences fatales, mais avec les ruses que lui présentait la vie ici-bas, il en réchappait toujours lâchement. Il en réchappa cette fois aussi.

Tout ce qu’il avait perdu c’était cinq mille euros pour l’avocat qu’il promit de payer dans la semaine.

Conduisant jusque l’hôpital, il se sentait soulagé, Bouba le fantôme traversait le mur de la justice ni vu ni connu. Le constat restait accablant cependant : même la mort d’un homme n’était pas un choc suffisant pour le faire réagir.

         Bouba arriva in extremis à l’hôpital avant la fin des visites à dix-neuf heures trente. Il prit l’ascenseur qui s’arrêta au premier étage, une femme de ménage indienne poussa un chariot à l’intérieur le saluant d’un grand sourire mais à peine l’ascenseur fut parti qu’il s’arrêta d’un coup sec. Les lumières se mirent à clignoter à l’intérieur. « Ah ! » dit Bouba entreprenant d’appuyer de nouveau sur le 3 puis le 7 qu’avait choisi la dame. L’ascenseur ne bougeait plus. « On est coincé je crois » lança-t-il faisant dos à la femme de ménage et soudainement celle-ci émit un rire aigu qui lui donna la chair de poule... Il se retourna et la fixa. Elle arborait ce même sourire large sur la bouche, le fixant sans rien faire d’autre que rire aux éclats en alternance.

« Ok, sérieusement ? Ça vous fait rire ? » Elle rit de nouveau puis le fixa en bougeant la tête légèrement de droite à gauche comme mimant la danse du serpent. Bouba en eu des frissons de plus belle. Le sourire de la femme ressemblait à une grimace, ses lèvres se retroussaient furieusement sur ses dents et elle se mit à siffler un air étrange juste au moment où un autre sifflement continu faisait bourdonner ses oreilles. Bouba prit peur et lança « Hé arrête ça ! » Elle s’exécuta instamment. « T’es flippante meuf, qu’est-ce que t’as ! Ah ouais encore une tarée. » Ajouta-t-il avant de se retourner afin d’appuyer sur le bouton de secours de l’ascenseur. Une tonalité se fit entendre, un homme répondit : « Poste de sécurité. Ne vous inquiétez pas nous avons remarqué la panne, veuillez patienter nous sommes dessus en ce moment, vous serez dehors dans quelques instants. Comment allez-vous ? »

Moi ça va, mais votre collègue est louche !

Ma collègue ? Comment ça ?

Y’a là une femme de ménage indienne, y’a écrit Tatiana sur sa blouse. Elle me regarde, elle sourit comme le joker et elle rit comme le diable !

Mais c’est parce qu’elle est justement le diable mon ami.

Hein ?

Hé ! Vous avez dit quoi ?!

Plus aucun son ne sortit du haut-parleur. Tatiana se mit à rire et à siffler en alternance de nouveau, et à présent Bouba avait peur. Son cœur battait fort le sifflement dans ses oreilles l’inquiétait. Il serra les poings après avoir rappelé, sans tourner le dos à Tatiana cette fois, sans réponse du poste de sécurité. « Arrête de siffler putain ! » Hurla-t-il. La femme cessa puis lança d’une voix masculine et rauque : 

Et boum Bouba ! Et boum !

Quoi ? Putain t’es qui ? Comment tu connais mon nom ?

Elle poussa un rire et refit sa danse de la tête.

L’ascenseur repartit et Bouba sortit rapidement à son étage. Il se retourna pour regarder la femme qui soudainement semblait calme et normale, comme si de rien, elle arrangeait des chiffons sur son chariot.

Les portes de l’ascenseur se fermèrent et respirant fort il s’interloqua : « Putain c’était quoi ça ? » Bouba passa la main sur son visage complètement choqué. « Et puis le gars du poste de sécurité qui me dit que… Attends, ces bâtards m’ont fait une blague. Ils ont joué avec ma tête ces fils de… » Il se ressaisit allant trouver son ami Vincent. Une fois devant la chambre 303, il prit une profonde respiration afin de calmer les battements fous de son cœur posant la main sur la poignée de la porte. Des éclats de voix retentissaient à l’intérieur, il ouvrit, et trouva son ami en compagnie de deux pontes de la drogue mais la première chose qu’il capta fut l’odeur du shit et la fumée qui peinait à s’évaporer malgré la fenêtre ouverte. Vincent était enfoncé dans son lit un joint à la main, et les deux autres étaient affalés, hilares, sur des chaises près de la fenêtre, fumant également.

Ah ! Mon frère est arrivé sain et sauf ! Ah ah.

Mouais mais sérieux les gars, on est dans un hôpital.

Et ben justement, on se soigne, c’est des plantes médicinales.

Ils éclatèrent d’un rire court.

Tu les connais peut-être pas ou de vue mais j’te présente les rois du coca : Tippo et Cédric.

Bouba lança un « salut » sans trop de conviction auquel ils répondirent entre deux taffes. Il les connaissait de vue et de réputation en effet.

Tippo, Bouba ne savait pas pourquoi on l’appelait comme ça mais c’était un surnom pour sûr. Il était juste ce genre de criminel soupçonné de bien des meurtres, ce petit homme blanc d’une quarantaine d’années, toujours vêtu de sa veste en cuir marron, avait fait de la prison pour avoir braqué une bijouterie. Dix ans en prison à se faire des amis malfaiteurs et criminels au lieu d’en tirer une quelconque leçon, et à sa sortie, il avait monté son empire de la drogue avec le butin de la bijouterie que la police n’avait jamais récupéré. A côté de ça, il était chef d’entreprise de bien des business légaux lui servant à blanchir son argent sale. Il était en sécurité depuis qu’il avait aidé à financer la campagne électorale d’un prétendant à la présidentielle. Ses plus gros clients étaient tous des politiciens qu’il fournissait en drogue à la régulière. Et quant à Cédric, lui avait la réputation d’être un démon, tout simplement. On disait de lui qu’il était né d’un père démon et d’une mère prostituée, qu’il invoquait le mal pour réussir depuis sa jeunesse. C’était un métis aux yeux verts du genre beau gosse. Toujours bien habillé et en bonne compagnie. Le seul trait physique qui lui faisait défaut était sa main droite que nulle ne voyait jamais, il la maintenait toujours dans sa poche droite. Personne ne l’avait jamais vue et des rumeurs disaient que c’était parce que cette main n’était pas humaine, d’autres disaient qu’il avait onze doigts fins et d’une taille égale sans pouce ou encore qu’il n’en n’avait pas, ou que sa main était handicapée depuis sa naissance. Des légendes qui faisaient rire Bouba mais celle qu’il aimait moins disait de Cédric qu’il pratiquait des sacrifices humains. Cédric était une célébrité : il avait commencé dans le hip hop et tournait dans des films à gros budget à présent. Tout cela sans cesser les activités criminelles qu’il avait commencé tout jeune, s’étant même fait des millions grâce à elles. C’était un Baron de la drogue, un maquereau qui disposait de maisons closes, mais aux yeux du monde ignorant, il était vu comme un excellent acteur charismatique qui donnait de son temps et de son argent aux associations humanitaires. Pourtant dans le quartier l’an passé, quand la petite Nadia âgée de huit ans avait disparue, on avait dit que c’était lui. D’ailleurs à chaque fois qu’une femme tombait dans la prostitution ou disparaissait, les rumeurs finissaient toujours par porter la responsabilité sur Cédric. Elles tombaient amoureuses puis elles disparaissaient, droguées et dépendantes dans des maisons douteuses où elles vendaient leurs corps, ou escort girl pour les mieux loties.

Ces deux hommes étaient regardés avec envie et vus comme des exemples par les malfaiteurs ambitieux.

Bouba ne voulait rien avoir à faire avec eux mais il savait que Vince était fasciné par ces mecs. Il fallait toujours qu’il en fasse trop devant eux alors c’était pas étonnant de les trouver là alors qu’il venait de se faire tabasser par les flics, ça rajoutait une ligne à son CV. Bouba resta debout sans trop parler alors que Vince racontait sa vie et la sienne aux deux hommes et c’est avec une grande surprise que Cédric proposa : « Tu peux crécher dans une de mes baraques si tu veux ».

Sérieux ? Non. Non, non merci mais dans quelques jours mon père se sera calmer.

Et puis c’est quoi ce concept de vivre chez tes parents à vingt-trois ans ? Tu t’es pas assez fais de tunes en dix ans de deal pour t’acheter un p’tit appart ou ?

J’y suis presque.

Tu blanchis.

Ouais, une pizzéria et j’suis associé dans d’autres sociétés.

Genre t’es à combien là ?

Presque six chiffres.

Presque ?

Tippo et Cédric se regardèrent et éclatèrent de rire. Tippo lança :

Attends que je réfléchisse, à vingt-trois ans, j’étais au demi je crois, ouais facile un demi-million avec mon frère, paix à son âme.

Blague à part, dit Cédric en tirant sur son joint. J’ai des baraques partout, tu peux t’y installer. J’pourrais même te la vendre si elle te plait mais faudra attendre que tu te sois fait un peu plus parce qu’elle vaut au moins trois cent mille. Y’a que ma femme de ménage là-bas qui vient de temps en temps.

Accepte Bouba, comment tu peux refuser une offre pareille ? Lança Vincent d’une voix mi-encourageante mi-envieuse.

Bouba ne voyait pas cette offre d’un bon œil mais il accepta.

En sortant, Cédric lui donna l’adresse, les codes de sécurité et les clés

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